Entretien accordé au journal «Le Matin du Sahara»

Non classé

Entretien avec son excellence M. Bruno Dethomas, Ambassadeur et Chef de la délégation de la Commission européenne au Maroc

 

1- Le statut avancé constitue un nouveau virage que les relations Maroc-Union européenne viennent de négocier avec succès. Peut-on avoir une idée sur le processus et la manière dont il s’est déroulé ?

Ce n’est pas un virage, mais une nouvelle étape. Sa Majesté avait, en 2000, exprimé le souhait que le Maroc renforce son ancrage européen, ce qu’il avait lui-même qualifié « de statut avancé ». Depuis lors le Royaume a mis en œuvre de très nombreuses réformes et multiplié les témoignages de son choix stratégique européen (de la participation des troupes marocaines à une opération européenne en Bosnie Herzégovine à la signature de l’accord Open Sky et aussi à l’adhésion immédiate à la Politique européenne de Voisinage). Voilà pourquoi les ministres des Affaires étrangères ont chargé un groupe de travail euro-marocain – auquel j’ai participé – de faire des propositions sur ce que pourrait être le statut avancé. Ces mêmes ministres ont, lundi dernier, avalisé ces propositions ambitieuses.

Comment cela s’est-il passé ? Nous avons échangé des idées puis des papiers pour lesquels l’ensemble de l’administration marocaine et même la société civile ont été impliquées. Parfois l’Europe était plus allante que le Maroc – sur le dialogue économique par exemple –, parfois c’était le Royaume qui aspirait à plus d’ambition que l’Europe, comme sur l’agriculture. Je suis persuadé que le résultat global est équilibré et ambitieux.

 

2- Quelle lecture en faites-vous ?

C’est une « feuille de route ». C’est dire que nous sommes au début d’un nouveau chemin et qu’il nous incombera dans les prochains mois, les prochaines années, de la décliner en actions et en réalisations. Mais il y a une continuité avec le plan d’action du Voisinage. Disons qu’avec ce nouvel engagement, le Maroc se trouve à l’avant-garde du Voisinage. Sur la substance, il s’agit d’un approfondissement de la coopération politique, d’une intégration économique plus intense par un rapprochement réglementaire et la négociation d’un accord de libre échange global et approfondi, c’est-à-dire qui lève tous les obstacles tant tarifaires – comme nous l’avons déjà fait sur les produits industriels – que non tarifaires ; enfin, il s’agit de mieux intégrer la société civile, les entités territoriales, les établissements de recherche dans notre partenariat.

 

3- Concrètement, quelle répercussion aura cet accord sur le soutien financier accordé au Maroc ? Est-ce qu’il va augmenter ?

Vous le savez, le budget de l’Union est arrêté par les Etats membres pour sept ans. C’est dire que nos marges de manœuvre sont réduites jusqu’en 2013. J’espère toutefois et je militerai pour que l’UE fasse un effort pour montrer que le statut avancé a des effets financiers positifs dès 2011. De 2014 à 2021, nous sommes bien sûr dans les mains des Etats membres de l’Union. Mais la « feuille de route » est claire qui parle de « nouvelle étape pour l’accès à des moyens financiers communautaires adéquats pour accompagner le Maroc dans une logique de la politique régionale et de cohésion« .

 

4- Que deviendra le Programme d’Appui à la mise en œuvre de l’Accord d’Association (PAAA) ?

Nous lancerons l’an prochain une nouvelle phase de ce programme qui prend tout son sens avec l’objectif d’une intégration progressive du Maroc dans le marché intérieur européen. Car cela signifie inévitablement un rapprochement normatif et réglementaire. Disposer de l’expérience d’un haut fonctionnaire d’un Etat membre européen sur la manière dont son administration met en œuvre les règles européennes (ce que l’on appelle l’acquis communautaire) est plus important que jamais.

 

5- Dernièrement, la Commission a proposé un nouvel Instrument Européen de Voisinage et de Partenariat (IEVP). Voulez-vous nous donner plus de détails sur cet instrument ?

Le nouvel instrument financier – qui succède à MEDA – est entré en vigueur le 1er janvier 2007. C’est dire que tous les programmes de coopération euro-marocains engagés depuis lors sont financés par lui. Il est doté pour la période 2007-2010 de 654 millions d’€. Mais à cette somme s’ajoutent la facilité de gouvernance, la nouvelle facilité d’investissement et certaines lignes horizontales et programmes régionaux (Initiative européenne pour la Démocratie et les Droits de l’homme, Euromed Héritage, …). C’est dire que l’enveloppe dont bénéficie le Maroc est en fait supérieure à 2 milliards de dirhams par an. Cela fait de votre pays le premier bénéficiaire des fonds de ce nouvel instrument.

 

6- Que vont devenir les prêts accordés par la Banque Européenne d’Investissement au Maroc ? Est-ce qu’ils seront vus à la hausse ?

Ils continueront. La FEMIP, avec plus de deux milliards d’Euros par an, est la première institution de crédit en Méditerranée et le restera. Avec sa participation au financement des projets prévus par le processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée, tout laisse à penser que les crédits pour la région seront accrus.

 

7- Les dons européens se sont multipliés. Les derniers en date ont pour objectifs l’amélioration de la gouvernance publique et la mise en œuvre de la stratégie d’alphabétisation. Pourquoi cet intérêt ?

Vous savez, c’est notre partenaire marocain qui choisit les secteurs de notre intervention dans le cadre de la mise en œuvre du plan d’action du voisinage. Notre dialogue consiste alors surtout à discuter des meilleures conditions de succès de ces réformes. Cela dit, si notre intervention dans le secteur social – éducation, santé, formation, handicap – est massive, c’est bien parce qu’il y a un trop grand écart entre développement économique et développement humain. Cet écart, il faut impérativement le combler pour que les marocains dans leur ensemble bénéficient des fruits de la croissance.

 

8- Le partenariat euro-méditerranéen est le cadre élargi des relations politiques, économiques et sociales entre les 27 Etats membres de l’UE et les 12 partenaires de la rive sud de la Méditerranée. Quelles seront les nouvelles actions de coopération qui permettront la consolidation des relations politiques entre le Maroc et l’Europe ?

Le « statut avancé » dans le domaine de la coopération politique permet un saut qualitatif. Non seulement notre partenariat sera désormais piloté au niveau le plus élevé par un Sommet entre le Roi du Maroc, le Président du Conseil européen et le Président de la Commission européenne, mais en plus de très nombreuses formations du Conseil pourront être ouvertes aux Ministres et hauts fonctionnaires marocains. Cela renforcera rapidement connaissance et confiance mutuelle.

 

9- Le grand projet de liaison fixe entre le Maroc et l’Espagne devait être présenté par les deux pays aux autorités de l’Union Européenne (UE), à l’occasion de la réunion préliminaire du conseil d’association Maroc-UE qui a eu lieu le 13 octobre au Luxembourg. Y a-t-il eu une réponse européenne ?

C’est un projet très ambitieux qui aura un profond impact politique et économique sur les relations entre le Maroc et l’Europe mais qui n’est pas à très court terme. Il se trouve que le Ministre Ghellab a été retenu à Rabat par les inondations et que l’échange de vues qui était prévu à Luxembourg avec Mme Ferrero Waldner n’a pas eu lieu. Mais je ne doute pas que la Commission soit prête à étudier les dossiers techniques et financiers qui lui seront présentés par le Royaume et par l’Espagne.

 

10- D’autres pays négocient également avec l’Europe pour l’obtention d’un statut avancé, comme celui accordé au Maroc. Quels sont les avantages d’une telle démarche ?

Il est symbolique que le Maroc soit le premier à obtenir un tel statut, mais je vous l’ai dit il s’agit d’avant-garde ! Demain, l’Ukraine, Israël voire d’autres pays pourront y prétendre. C’est l’intérêt de l’Europe comme de ses voisins que soient renforcées la stabilité et la prospérité de nos régions. Tel est bien l’objectif qui guide toutes nos politiques.

 

Entretien accordé au journal «Le Matin du Sahara»
Propos recueillis par El Mahjoub Rouane

Laisser un commentaire